En mai 2023, au festival de Cannes, le Grand Prix a été remis à Jonathan Glazer par Roger Corman.

Le vieil homme a eu un discours en son hommage par Quentin Tarantino, et a été accueilli sur scène par une standing ovation. Pourtant, il reste assez méconnu du grand public, et sa mort un an plus tard, en mai 2024 à l’âge de 98 ans, a été accueillie avec une relative indifférence.

Difficile de parler de Roger Corman et d’expliquer son importance sur le cinéma américain. Cinéaste prolifique (une centaine de films à son actif en tant que réalisateur, pas loin de 400 en tant que producteur), il n’a pourtant pas réalisé de chefs d’oeuvres. Spécialiste des séries B, coutumier du « deux en un » (Le tournage se termine en 4 jours au lieu de 7 ? C’est pas grave, on peut tourner un deuxième film dans les mêmes décors et avec les mêmes acteurs et un scénario à moitié improvisé !), n’ayant que peu de vergogne à faire du cinéma d’exploitation, Roger Corman savait qu’il faisait des films sans prétention. Son héritage réel, on le trouve surtout dans les générations de jeunes techniciens qui, tout juste sortis de l’école, voire n’ayant pas suivi du tout d’études de cinéma, se retrouvaient recrutés dans ses films, et souvent bombardés à des postes à responsabilité, au point que ses productions ont souvent été comparées à une école de cinéma. Et une école aux alumni prestigieux, étant donné qu’elle a compté dans ses rangs les débutants Martin Scorsese, Ron Howard, Francis Ford Coppola, Joe Dante, James Cameron, Jack Nicholson et bien d’autres. Et si les productions Corman étaient fauchées, la mise en scène, elle, était toujours soignée, une attention au cadre qu’on retrouve chez tous ses disciples.

Si la bibliothèque n’a pas dans ses collections ses films les plus réputés, à savoir le cycle Edgar Allan Poe, série de longs métrages avec Vincent Price adaptant l’univers de l’écrivain gothique au cinéma, en revanche nous ne pouvons que vous inviter à découvrir avec curiosité Le Château de la terreur (L’Halluciné), avec Boris Karloff et un tout jeune Jack Nicholson, film gothique certes bourré de défauts, mais à prendre comme le film de fin d’études d’un certain Francis Ford Coppola, qui l’a coréalisé avec son maître. Clément

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Mélissa est surveillante pénitentiaire.

Elle vient d’emménager avec sa jeune fille et son compagnon en Corse pour prendre un nouveau départ. À la prison de Borgo où elle travaille, Mélissa est affectée à l’unité 2, le quartier réservé aux détenus qui appartiennent aux mafias corses. On découvre le fonctionnement particulier de ce bloc, où les détenus sont libres de circuler hors de leurs cellules, et où ce sont eux qui surveillent les matons et les matonnes. Borgo ne brosse pas un portrait flatteur des Corses. Mélissa et sa famille viennent de s’installer dans le quartier des Salines, un grand ensemble de logements sociaux en périphérie d’Ajaccio. Entre les menaces proférées par leur voisin de palier, et le racisme dont fait l’objet Djibril, son compagnon, l’accueil est glacial. Pourtant, Saveriu, un jeune détenu corse semble vouloir aider Mélissa. Stéphane Demoustier a choisi de ne pas montrer de scènes de violence entre détenus. Le film se focalise sur les difficultés auxquelles sont confrontés les surveillants pénitenciers. La corruption ou le chantage affectif font partie du fonctionnement des prisons, et les surveillants endossent aussi le rôle inconfortable d’intermédiaires entre la direction et les détenus. Hafsia Herzi qui incarne Mélissa est convaincante et joue avec beaucoup de finesse. Borgo est un film qui montre les difficultés des fonctionnaires, qui pointe une mafia corse toute puissante, mais c’est aussi un thriller carcéral anxiogène qui maintient son suspense jusque dans ses dernières images. Etienne

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Et si Cendrillon était un garçon ?

En partant de ce postulat, Riad Sattouf propose la version inversée et très décalée du célèbre conte. Dans la République populaire et démocratique de Bubunne, les femmes travaillent et dirigent le foyer tandis que les hommes s’occupent des tâches domestiques et leur sont totalement soumis. Jacky (Vincent Lacoste), 20 ans, est éperdument amoureux de la Colonelle (Charlotte Gainsbourg), la fille de la Générale (Anémone) qui dirige le pays d’une main de fer. Jacky va tout faire pour assister au bal de la Grande Bubunerie, organisé pour trouver un Grand Couillon (un mari) à la Colonelle, malgré les obstacles égrenés par sa famille. S’inspirant des pays occidentaux, des dictatures communistes et de la Syrie qu’il connaît bien, le réalisateur critique avec humour le système patriarcal. Le casting solide, le langage spécifique de Bubunne et les multiples détournements en font un film unique dans le paysage des comédies françaises. Leslie

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Mel Gibson devait-il vraiment se peinturlurer la face en bleu pour jouer dans Braveheart ?

Les chevaliers du Moyen Âge portaient-ils les chausses pointues de Godefroy de Montmirail dans Les Visiteurs ? Non, et Julien Magalhães nous le démontre avec un grand sens de l’humour. On découvre dans ce livre bourré d’archives que les films et séries en costumes ayant bercé notre jeunesse (La Reine Margot, Titanic, Xena, la Guerrière…) ont sensiblement « glamourisé » la réalité historique pour plaire au public. Coiffure, maquillage, pourpoints et corsets nous en disent finalement beaucoup sur l’histoire de la mode et sur le cinéma. Leslie

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L’exobiologie est une discipline scientifique tout à fait sérieuse qui étudie l’hypothétique vie extraterrestre.

En se basant sur la diversité de la vie terrestre, elle extrapole un éventail des possibilités qui pourraient exister dans l’univers. Non moins passionnante, la science-fiction s’est depuis longtemps attelée à la même tâche et en constituant un vivier d’aliens en tous genres plus ou moins crédibles, des tripodes de La Guerre des mondes aux humanoïdes bleus d’Avatar en passant par les créatures de Star Trek, Star Wars, E.T., District 9, Men In Black et bien d’autres. Généralement la science-fiction fait appel à l’extraterrestre pour interroger la place de l'humanité dans l'univers en lui tendant un miroir peu flatteur. Car bien entendu, parler de l’extraterrestre colonialiste, c’est parler de l’humain colonialiste. Aussi, l’extraterrestre méchant, belliqueux, cristallisant nos peurs apocalyptiques, ne nous parle que de nos pires travers. Son incarnation ultime se trouve être incontestablement le Xénomorphe de la saga Alien et son rejeton Face Hugger. Monstre parmi les monstres, parasite ultime, vermine totale tapie dans l’ombre, il est le contraire absolu d’E.T. Et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, parce qu’il incarne à lui seul tous les monstres cachés sous le lit dont les parents nous disaient qu’ils n’existaient pas. Nous l’aimons précisément parce qu’il est ce mélange de viscères, d’os, d’araignée, de serpent, de scorpion, de symboles phalliques et vulvaires, de cathédrale gothique, de chrysalide, de Croque-mitaine, et de pulsions reproductrices primaires. C’est aussi pour cette raison que la saga des films Alien, réalisée principalement par Ridley Scott, James Cameron, David Fincher, et Jean-Pierre Jeunet, s'est imposée comme l'une des sagas majeures du cinéma de science-fiction et d'horreur, non seulement pour sa qualité esthétique et narrative, mais aussi pour la richesse de ses enjeux politiques, féministes, esthétiques et philosophiques.

Recontextualisons : La saga Alien dépeint un futur où les grandes corporations, comme Weyland-Yutani, dominent l'univers. Ce sont des entités sans scrupules, prêtes à exploiter les ressources humaines et naturelles pour leur profit. Les membres des équipages des cargos miniers intergalactiques sont perçus comme des "pions" dans ce système capitaliste, et sont utilisés comme chair à canon. L'exploration de l'espace dans la saga Alien n’est ni plus ni moins que la continuité du colonialisme et de la surexploitation actuellement pratiqués sur Terre. En réponse au colonialisme actif et conquérant des humain, les Xénomorphes de la saga Alien prônent un colonialisme passif, parasitaire et en quelque sorte défensif. Telle l’araignée qui patiente dans sa toile, l’œuf Alien attend la visite d’un intru, non pour le dévorer, mais pour en faire l’hôte de sa future progéniture. Dans ce contexte pour le moins hostile, ce ne sont toutefois pas les mecs virils et baraqués qui s’en sortent le mieux. Le véritable adversaire du Xénomorphe est une femme : Ellen Ripley, interprétée par Sigourney Weaver, incarne l'un des aspects les plus marquants de la saga Alien. Ripley est l'archétype du protagoniste féministe qui renverse les attentes traditionnelles des rôles de genre dans les films d'horreur et de science-fiction. Contrairement aux héroïnes classiques des années 70 et 80, qui étaient souvent cantonnées aux rôles de "damsels in distress" (jeunes femmes à sauver), Ripley est une femme forte, déterminée et capable de défendre sa vie et celle des autres dans des situations extrêmes. En outre, son personnage subit une évolution remarquable au fil des films. Dans Aliens (1986), elle devient une figure maternelle protectrice envers une jeune orpheline. Dans Alien 3, Ripley vit sa seule aventure sexuelle de la saga, au moment même où, obligée de se raser le crâne, elle est plus androgyne que jamais. Etrangement, son partenaire meurt dans les secondes qui suivent leurs ébats. Dans Alien Résurrection, elle fusionne partiellement avec le Xénomorphe et par extrapolation, devient une mère infanticide.

Ainsi la saga interroge également le corps féminin et la maternité, notamment à travers des scènes emblématiques comme la naissance des Xénomorphes. Ces scènes sont souvent interprétées comme des métaphores de l’accouchement et des angoisses corporelles associées à la grossesse et à la maternité. Dans le premier film, l’intrusion violente de l’alien dans le corps de Kane, membre de l’équipage, évoque clairement une grossesse forcée. Aussi pour reprendre le contrôle de leur corps, à plusieurs reprises les protagonistes de la saga mettent fin à leurs jours ou réclament de l’aide pour mourir. Ripley n’y échappe pas et à la fin d’Alien 3, elle se suicide dans une posture christique. Pour toutes ces raisons et bien d’autres, la saga Alien est à voir et à revoir. Et même si elle est victime d’une certaine surexploitation (Ridley Scott en manque de reconnaissance n’en finit plus de presser le citron) et de déclinaisons contestables (Alien v/s Predator), la saga est riche et constitue un sublime terrain d’expérimentations. En plus des films de cinéma, les œuvres estampillées Alien ce sont aussi des courts métrages, des jeux vidéo, des jeux de société, des romans, des bandes dessinées… Chacun y fera son marché et sera adepte ou réfractaire à ces œuvres qui constituent autant de possibles dans l’univers Alien. Anthony

À travers les yeux de sa fille, Patpro va parcourir trois époques de l'histoire de son peuple Krahô, au cœur du poumon vert du Brésil, la région du Cerrado.

Inlassablement persécutés, mais guidés par leurs rites ancestraux, leur amour de la nature et leur combat pour préserver leur liberté, les Krahô n'ont de cesse d'inventer de nouvelles formes de résistance. Les réalisateurs poursuivent, après leur film Le chant de la terre, leur travail situé au croisement du documentaire ethnographique et de la fiction. Quinze mois de tournage en immersion pour capter le quotidien, la vie si paisible et douce dans le respect total de la nature. Mais la peur est omniprésente dans le film car les combats contre les « cupés », les non-autochtones, sont incessants, afin de protéger leur territoire. Des plans magnifiques parcourent le film, notamment pour évoquer sensiblement et sans voyeurisme le massacre perpétré par les colons en 1940. Une fable vibrante et militante sur un peuple menacé d’extinction. Marc

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