Dans une ville du Nord de la France, un policier hérite du Bowling Saturne, légué par son père, membre de la bourgeoisie locale.

Il choisit de reprendre contact avec son demi-frère, enfant illégitime et mouton noir de la famille, pour lui confier la gestion du lieu. Mais il ignore la face sombre du fils de son père, qui profite de cette nouvelle position et de ce terrain de jeu idéal pour laisser libre cours à tous ses fantasmes, jusqu’aux plus violents.

Bowling Saturne est un film étrange, dont l’ambiance oscille entre la noirceur de True Detective et la violence surréaliste et anti-patriarcale d’un film de David Lynch. Tout l’héritage laissé par le père suinte la violence, des lumières rouge sang du bowling au papier-peint somptueux parsemé de trophées de chasse de son appartement. L’héritage de la violence, en fait, apparaît comme le thème principal du film : la figure du père et de ses amis notables chasseurs est comme un monolithe maléfique, condamnant toute la société autour d’eux à sombrer dans une spirale de destruction, les hommes étant menés à devenir des prédateurs, les femmes à devenir leurs proies. Bowling Saturne est comme un rêve halluciné et ne nous laisse pas indemnes, mais il est de ces films qui restent avec nous encore longtemps après les avoir vus. Clément

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Lou gère seule une salle de sport qui appartient à son père, un mafieux d’Albuquerque qu’elle soupçonne d’avoir tué sa mère.

Jackie, une bodybuildeuse ambitieuse débarque de nulle part et Lou en tombe éperdument amoureuse. Leur relation explosive va les entraîner malgré elles dans une spirale de violence. Love Lies Bleeding est un film de vengeance, de flingues et de muscles au féminin qui s’empare de la testostérone pour mieux lui tordre le coup. Dans ce thriller où se côtoient Telma & Louise, Quick et Flupke, L’Incroyable Hulk et Breaking Bad, la passion prend le pas sur la raison et les mauvaises décisions s’enchainent. Tout déraille inexorablement dans la vie des deux protagonistes. La réalisatrice Rose Glass réussit à faire un film étrange qui flirte avec le surréalisme, extrêmement sensuel sans être voyeur. Enfin, le duo Katy O'Brian et Kristen Stewart est particulièrement remarquable de justesse. Anthony

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Dans les années 90, en pleine campagne Chinoise, une vieille femme est retrouvée assassinée sur les berges d’une rivière.

Une unité spéciale est montée afin d’enquêter sur le meurtre. A sa tête, on place Ma Zhe, jeune fonctionnaire promis à une brillante carrière. Entre la promotion qu’il obtiendra sûrement et son mariage heureux, l’avenir semble lui sourire. Mais alors que l’enquête piétine et que toutes ses certitudes s’effondrent, Ma Zhe va être submergé d’un doute qui va l’amener à remettre en question tout ce qu’il pensait savoir.

En installant l’unité spéciale de police dans un cinéma désaffecté, le réalisateur pose la recherche de la vérité comme construction d’un spectacle. Ici, la vérité n’est pas nécessairement ce qui est vrai, mais ce qui fait sens socialement, dans une critique philosophique de la réalité qui n’est pas sans rappeler des oeuvres comme Les Grelots du Fou de Luigi Pirandello, ou les films satiriques d’Elio Petri, en particulier son Enquête sur un Citoyen au-dessus de tout soupçon. Tous les personnages, du supérieur hiérarchique à la femme de Ma Zhe, en passant par son subalterne qui semble vouloir devenir son double, ne sont motivés que par une chose : l’ordre social doit être respecté, chacun devant assumer son rôle dans le spectacle de la vie, peu importe la réalité. On sort de ce film, à l’ambiance d’un Memories of Murder surréaliste, avec le sentiment de comprendre un peu moins le monde dans lequel on vit. Clément.

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En cette période de franchises interminables, Godzilla Minus One n’est ni un nouveau film du « Monsterverse » américain (la célèbre série des King Kong contre Godzilla), ni une suite de la série mythique Japonaise, ni une suite du reboot Shin Godzilla sorti en 2016, mais une œuvre détachée de tout autre univers filmique préexistant, et revenant sur le tout premier film de 1954, avec des airs de remake.

Une fois passée cette laborieuse contextualisation, on peut se poser la question : pourquoi le 37eme film sur le lézard radioactif se distingue-t-il des autres, au point de finir dans nos coups de coeur ? Car Godzilla Minus One est véritablement un coup de coeur. Il réussit là où la majorité des films de monstres et films-catastrophe échouent : en nous faisant nous soucier du destin de ses protagonistes. Ici, pas de dévastation continuelle pendant 2h30 de film : l’histoire s’écoule sur presque cinq ans, les apparitions du monstre étant sporadiques et cataclysmiques, le film préférant consacrer plus de temps aux conséquences qu’à la catastrophe : les familles pleurent leurs morts, les corps blessés se remettent, les bâtiments repoussent, les esprits brisés tentent de se réparer, jusqu’au dévaste suivant, comme une métaphore du Japon moderne, passant d’un événement traumatique à un autre. Le film reste intelligent jusque dans son propos politique : en racontant l’histoire d’un kamikaze pleutre et déserteur rentrant déshonoré de la guerre, s’interdisant tout bonheur tant son besoin de rédemption est grand, le scénario épingle le militarisme du Japon impérial et l’absurdité du sentiment nationaliste Japonais, qui semble être un monstre plus pernicieux mais non moins violent que la créature géante. Clément.

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King Hu est l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma chinois.

Au départ fer de lance des studios de la Shaw Brothers, pour qui il révolutionna le wu xia pian (film de cape et d’épée chinois), il finit par se brouiller avec ses employeurs car ses exigences artistiques élevées étaient incompatibles avec le rythme et le mode de production industriels des studios hongkongais. En 1967, il quitte la colonie britannique pour Taïwan, qui souhaite alors développer sa propre industrie cinématographique. Il fait bâtir des studios pour l’île, et y tourne d’abord le mythique Dragon Gate Inn, avant d’enchaîner sur son chef d’oeuvre : A Touch Of Zen, en 1970. Le scénario reprend la célèbre nouvelle fantastique Xianü (La Femme Chevaleresque), de Pu Songling, grand lettré du 17ème siècle, nouvelle adaptée à plus de dix reprises au cinéma (dont la trilogie culte Histoire de Fantômes Chinois), et qui raconte l’histoire de la rencontre d’un lettré ingénu avec une femme mystérieuse maniant l’épée, qui va le protéger d’un esprit maléfique et lui donner un enfant avant de disparaître. Cette nouvelle appartient au genre du nüxia, le récit de femme héroïque, né au 9eme siècle, et dont l’héroïne la plus célèbre est Mulan. Ce genre est extrêmement populaire en Chine, que ce soit en littérature comme au cinéma – l’un des premiers grands succès populaires chinois au cinéma, La Femme épéiste de Huangjiang, série de 13 longs-métrages muets sortis en 1930, s’inscrit d’ailleurs dans ce genre. King Hu reprend cette trame, en renforçant ses thèmes féministes et en y glissant une critique de la corruption, du pouvoir et de la violence. Malgré une première sortie ratée, le film, remonté en version longue, rencontre un très grand succès au festival de Cannes de 1975. Il a pavé la voie à la Nouvelle Vague Hongkongaise, et son style atmosphérique et ses chorégraphies très inspirées de l’opéra de Pékin ont laissé une influence durable, notamment chez Tigre et Dragon (Ang Lee, 2000), Le Secret des Poignards Volants (Zhang Yimou, 2004) ou encore The Assassin (Hou Hsiao-Hsien, 2015). La version de la bibliothèque est une copie restaurée parue en 2015. Clément

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Si comme plusieurs films de ces dernières années (L’Histoire de Souleymane, Les Survivants, Moi Capitaine...), La Tête Froide aborde le thème de l'errance migratoire et de la précarité des réfugiés, ce premier film se détache par sa justesse et sa mesure.

On assiste au télescopage de deux types (ou deux degrés) de misères : celle des migrants qui tentent de traverser les frontières européennes, et la misère ordinaire d'une chômeuse française qui trafique des cigarettes pour payer son mobile-home perdu dans les Alpes à la frontière italienne. Un dialogue s'entame entre les deux parties, et chacun tente de tirer profit de la situation. Rien n'est surjoué, pas de mélo inutile, le film est court et va droit au but. Florence Loiret-Caille, actrice trop souvent reléguée aux seconds rôles, a l'occasion ici de montrer l’étendue de son talent. Elle incarne à la perfection cette femme solitaire, mère en conflit avec sa fille adolescente, alors qu'elle-même peine à devenir adulte. Tout est ordinaire dans ce film, mais rien n'est ennuyeux. Anthony

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