Le Quatuor Martinu, de renommée internationale, aime à faire connaître des œuvres oubliées ou contemporaines de la musique tchèque.

C’est le cas ici avec les deux quatuors à cordes de Josef Benes, compositeur, violoniste et pédagogue. Etrangement oublié par l’Histoire, il mérite d’être à nouveau écouté. La sonorité à la fois dense et ronde confère un charme véritable à la musique de Benes. Le quatuor Martinu favorise la fluidité et donne un caractère simple et joyeux à ces deux quatuors.

Intégrale des quatuors à cordes, de Josef Benes, 2022

Sofiane Pamart a débuté sa carrière musicale dans le rap.

Pianiste star français, auteur-compositeur, il est le premier soliste à se produire à Bercy. Le « Piano King » nous présente son deuxième album solo. « Letter » ou lettre d’amour et un remerciement à son public, souvent poétique et d’une grande justesse émotionnelle, entre musique de films et récits d’aventure.

Letter, de Sofiane Pamart, 2022

Surprise Chef est un quintet originaire de Melbourne qui joue un funk instrumental aux ornements jazzy et au son légèrement 70’s.

L’influence du hip-hop est également présente dans leur musique ; un morceau comme Conversation Piece ne demande qu’à se faire sampler tant il offre une boucle parfaite sur laquelle on aimerait entendre un couplet de rap. D’autres pièces comme Iconoclasts, ou le très jazz Goldie’s Lullaby, invitent à la rêverie. Le groupe compte deux vibraphonistes et un flutiste qui amènent une dimension aérienne au son du groupe. Education & Recreation souffle donc une brise jazz-funk parfaite pour aborder le printemps avec décontraction.

La section musique/cinéma de la bibliothèque de Bondy effectue des acquisitions de cd.
Venez découvrir un titre par album des coups de cœur de nos bibliothécaires parmi les dernières nouveautés de Mars 2023 sur notre chaîne Youtube.

Le compositeur et musicien japonais Ryuichi Sakamoto, atteint de plusieurs cancers depuis une dizaine d’années, envisage comme imminente la fin de sa vie.

Il a récemment diffusé un concert préenregistré qu’il a qualifié de « peut-être mon dernier ». Entre deux séjours à l’hôpital, il continue de composer et d’enregistrer à son domicile, des morceaux qui prennent chacun l’allure d’ultime composition. C’est dans ces conditions que l’album « 12 » a été enregistré, chaque plage musicale ayant pour titre sa date d’enregistrement.

Disponible en numérique dans un premier temps, l’album fera l’objet d’une édition vinyle et CD dans les semaines qui viennent. Nous y voyons l’occasion de revenir sur le parcours éclectique de ce pionnier de la musique électronique japonaise.

En Europe, Ryuichi Sakamoto est surtout connu du grand public pour ses musiques de films et en particulier pour la B.O. de « Merry Christmas Mr. Lawrence » (« Furyo » en France), film dans lequel il incarne également le capitaine Yonoi, qui entretient une relation sentimentale ambigüe avec son prisonnier le major Jack Celliers (David Bowie).

Au Japon, au sein du trio de pop synthétique Yellow Magic Orchestra qu’il formait avec Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi (décédé en janvier 2023), Sakamoto est une star depuis la fin des années 1970. Essentiellement inspiré par les allemands de Kraftwerk et l’exotica de Martin Denny, le concept initial du groupe était pour le moins « méta », puisqu’il s’agissait pour des japonais d’appliquer le traitement synthétique allemand à une musique occidentale qui elle-même véhicule des clichés orientalistes issus du colonialisme. Le tout passé à la moulinette J-pop.   

Sakamoto est ensuite passé par de multiples formes et de multiples milieux musicaux. Il a collaboré avec David Sylvian, a composé un opéra, des sonneries pour téléphone portable, les bandes originales de films hollywoodiens et de films d’auteur, et puis plusieurs dizaines d’albums en solo ou en duo avec l’avant-garde autrichienne (Christian Fennesz) et allemande (Alva Noto) pour des albums minimalistes où le piano donne la réplique aux drones, glitchs et autres bugs informatiques.


Sorti en 2017, l’album Async restera sans doute parmi les disques les plus marquants de la fin de carrière de l’artiste, synthétisant avec grâce la spiritualité et l’expérimentation qui le caractérise. A noter également la sortie d’un tribute dans lequel quelques-uns de ses partenaires de jeux lui rendent hommage en reprenant ses classiques.

Ryuichi Sakamoto fera sans doute partie de ces artistes qui, à l’instar de David Bowie et Leonard Cohen, se sont emparés dans leur œuvre, d’une mort imminente pour la transfigurer.tribute to ryuichi 300

Tribute to Ryuichi Sakamoto

Conçu en Islande pendant les premiers confinements, Fossora s’éloigne des volutes du précédent album de Björk, pour se calfeutrer dans une terre matricielle endeuillée.

L’artiste a en effet perdu sa mère à la même période. Le titre de l’album est une féminisation du latin « fossor », le fossoyeur. « Fossora » est donc « celle qui creuse ».  Et il est indéniable que Björk creuse sans cesse pour se renouveler. Son parcours artistique force l’admiration. Du haut de ses 57 ans, elle cumule 46 ans de carrière, une vingtaine d’albums en solo et en groupe, des milliers de concerts et quelques performances remarquées au cinéma. Mais soyons honnête, depuis qu’elle a abandonné la formule couplet-refrain au profit d’une production plus conceptuelle au début des années 2000, il est souvent aisé de s’ennuyer dans ses paysages éclatés qui flirtent avec l’abstraction. Mais point d’ennui sur ce nouvel album qui réintroduit la ritournelle au sein de l’humus, nous offrant toujours une corde à laquelle nous accrocher dans ce périple souterrain. La production est à la fois brillante et mat, un peu comme sur les albums de Coil ou des Residents qui viennent régulièrement à l’esprit à l’écoute de ce grand cru.

Fossora, de Björk, 2022