Californie, 1973, les rouflaquettes sont à la mode et les waterbeds vont bientôt le devenir.

C’est le jour de la photo de classe, et au détour d’un porche, Gary rencontre Alana qui travaille pour le photographe du Lycée. Pour Gary, c’est le coup de foudre. Bien que de quelques années plus jeune qu’Alana, il emploi toute son audace et sa détermination pour la séduire. Licorice Pizza est un jeu de cache-cache amoureux entre deux jeunes adultes aux caractères bien trempés. Les personnages d’Alana Kane et de Gary Valentine, interprétés par Alana Haim et Cooper Hoffman, sont profonds et terriblement attachants. Il s’agit pour ces deux jeunes acteurs de leur premier rôle, et la critique les a déjà récompensés par différents prix d’interprétation. Visuellement, le film est également une réussite. Les couleurs chaudes de la Californie des années 1970 se mari  ent à merveilles avec la candeur de ces jeunes entrepreneurs en herbe pleins d’énergie. À travers cette histoire d’amour rafraîchissante, drôle et touchante, Paul Thomas Anderson dresse aussi le portrait charmeur d’une Amérique aujourd’hui disparue.

Licorice Pizza, de Paul Thomas Anderson, 2021

Kenza, 11 ans, vit sur l'île de Curaçao avec son père et son grand-père, deux hommes que tout oppose.

Entre modernité et respect des traditions spirituelles ancestrales, la jeune fille tente de faire le deuil de sa mère qu'elle n'a jamais connue et de trouver son propre chemin. Le film d’une beauté singulière marque aussi bien par la force magnétique des paysages que par l’intensité du jeu de la jeune actrice. Une chronique d’émancipation poético-sensorielle réussie.

Bulado, de Eché Janga, 2022

Sur l'île croate où elle vit, Julija souffre de l'autorité excessive de son père.

Le réconfort, elle le trouve au contact de sa mère et de la mer, un refuge dont elle explore les richesses. L'arrivée d'un riche ami de son père exacerbe les tensions au sein de la famille. Julija veut s’émanciper et quitter cet Eden pour échapper à son père tyrannique. Des paysages sublimes, une mise en scène fluide pour amener un climat oppressant qui va trouver son paroxysme le temps d’une séquence sous-marine haletante. Magnifique première œuvre d’une cinéaste croate justement récompensée de la Caméra d’or à Cannes en 2021.

Murina, de Antoneta Alamat Kusijanovic, 2021

Le pitch : Au même moment en France, un couple de retraités surendettés tente de remporter un concours de danse, un ministre soupçonné de fraude fiscale tombe entre les mains d’un détraqué sexuel, une adolescente rencontre l’amour, puis le même détraqué sexuel. Une longue nuit va commencer. Les chiens sont lâchés.


Si vous découvrez le travail de Jean-Christophe Meurisse avec Orange Sanguine, vous risquez de prendre une gifle. Si vous en êtes coutumier, vous ne serez pas déçu. Depuis le milieu des années 2000, avec sa compagnie de théâtre Les Chiens de Navarre, Meurisse malmène la société française avec précision, conjuguant grotesque, trash et engagement politique.
Si Orange Sanguine débute comme une comédie à sketch – le jury d’un concours de danse régional débat à grands coups de punch lines sur le sort des participants –, le rire potache cède rapidement la place au rire nerveux, tant rien ni personne dans ce film n’est politiquement correct. Et pourtant, si le cynisme des personnages et des situations semble outrancier, rien n’est improbable. Telle qu’en témoigne l’interview de Jean-Christophe Meurisse en bonus sur le DVD qui précise que presque tout dans ce film, est inspiré de faits réels. A noter également, l’intervention de Blanche Gardin, parfaite dans son rôle de gynécologue libidineuse et nihiliste. 

Orange Sanguine, de Jean-Christophe Meurisse, 2021

À l'aube de la Révolution française, Pierre Manceron, cuisinier audacieux mais orgueilleux, est limogé par son maître le duc de Chamfort.

La rencontre d'une femme étonnante, qui souhaite apprendre l'art culinaire à ses côtés, lui redonne confiance en lui et le pousse à s'émanciper de sa condition de domestique pour entreprendre sa propre révolution. Ensemble, ils vont inventer un lieu de plaisir et de partage ouvert à tous : le premier restaurant. Une idée qui leur vaudra clients... et ennemis. Passionnant film sur la création du concept du restaurant en province même si le premier a été créé à Paris en 1776. Situé à la veille de la Révolution, il raconte la démocratisation de la gastronomie. Les plans sont baignés d’une lumière à la Vermeer, les produits authentiques du terroir et les menus élaborés par les meilleurs chefs cuisiniers du Quai d’Orsay nous plonge dans cette délicieuse histoire. Grégory Gadebois est comme toujours magistral et Isabelle Carré apporte une pincée de suspense romanesque savoureux.

Délicieux, de Eric Besnard, 2021

En 1989, dans les cités déshéritées du 93, une bande de copains trouve un moyen d'expression grâce au mouvement hip-hop tout juste arrivé en France.

Après la danse et le graff, JoeyStarr et Kool Shen se mettent à écrire des textes de rap imprégnés par la colère qui couve dans les banlieues. Leurs rythmes enfiévrés et leurs textes révoltés ne tardent pas à galvaniser les foules. Mais peu importe, le Suprême NTM est né et avec lui le rap français fait des débuts fracassants !

Un film biographique remarquable, Les scènes live sont de loin les plus réussies, traduisant à merveille l'électricité de NTM, grand groupe de scène. Les deux comédiens qui incarnent Kool Shen et JoeyStarr sont très convaincants, les patrons du rap français.

Suprêmes, de Audrey Estrougo, 2022