La mystique Lucrecia Dalt, artiste colombienne exilée à Berlin, sort cette année son 12e album (vous avez loupé les 11 premiers ? nous aussi).

Avec une instrumentation issue du jazz, de la salsa, de l’exotica, parsemée de sons électroniques échappés de films de science-fiction des 1960’s, ¡Ay! est une belle curiosité : Le chainon manquant entre Yma Sumac et Björk, avec une oreille qui traine chez Moondog et l’autre chez Bernard Hermann.

¡Ay!, de Lucrecia Dalt, 2022

À chaque nouveau disque de Biga Ranx, le soleil apparaît et chasse les nuages au-dessus de ma tête, tandis qu’une douce brise marine souffle dans mes cheveux.

Oui, c’est l’effet que me fait la musique de ce jeune tourangeau. Son dub vaporeux et langoureux me téléporte instantanément en vacances. Il chante aussi bien en français qu’en anglais, et même lorsqu'il a recours à l’autotune, sa voix m’est sympathique. Ses textes légers et ses mélodies ont aussi un côté mélancolique. Une musique parfumée qui réchauffe comme un vieux rhum ; à écouter pour décompresser.

Eh Yo !, de Biga Ranx, 2022

Depuis ses débuts en solo en 2008 avec un premier album bourré de tubes produit par Diplo, Santigold est une fervente partisane du décloisonnement des genres.

Et c’est avec la plus grande aisance qu’elle jongle entre hip hop, new wave, post punk, dub, pop, grime, soul, electro, ambient, se réclamant autant de Siouxsie que de Nina Simone, de Fela Kuti que de The Cure. Ce cinquième album, nommé « Spirituals » est toutefois plus introspectif que ses productions précédentes. Les remises en question et la dépression sont passées par là. Et même si elle est toujours aussi bien entourée (Nick Zinner, Rostam, SBTRKT, Boys Noize, Jake One…), Santigold reste maitresse à bord et se sert de son histoire personnelle pour tromper l’adversité. Ce qui fait de « Spirituals » un disque de rédemption plutôt fin, dans lequel elle parvient à injecter des couleurs tropicales salvatrices.

Spirituals, de Santigold, 2022

Figure incontournable de la scène folk-pop, Natalie Mering, la femme derrière Weyes Blood, sort le second volet d'une trilogie initiée par son précédent disque Titanic Rising (2019).

Superbe album où l’on retrouve une pop faite de progressions harmoniques complexes et sa voix toujours aussi sublime et profonde, à l’instar d’une Karen Carpenters. La pochette, délicieusement kitch, au romantisme assumé, tranche avec les thèmes universels et sérieux convoqués dans ses chansons. Une diva des temps modernes qui nous fait partager son univers et sa personnalité attachante. Une belle réussite.

And in the darkness, hearts aglow, de Weyes Blood, 2022

Une des belles voix du saxophone d’aujourd’hui.

Après avoir été classé numéro un des étoiles montantes du sax alto par le magazine américain Downbeat en 2022, Noah Preminger poursuit son ascension et enregistre un troisième album pour le discret mais prestigieux label néerlandais Criss Cross Jazz. Dans cette formation en trio, Noah Preminger est au sax ténor. On retrouve son partenaire régulier Kim Cass à la contrebasse et l’incandescent Bill Stewart à la batterie. Au-delà de l’équilibre de ce trio post-bop où aucun membre ne semble être le leader, ce qui charme d’emblée est le son des musiciens. Le sax ténor est chaud et ouaté, et fait parfois penser au son de Ben Webster.  La batterie de bill Stewart claque et gronde comme le tonnerre. Les compositions de Noah Preminger offrent de beaux espaces d’expression et d’improvisation à ces trois musiciens. C'est Gerry Teekens, le fondateur de Criss Cross Jazz (décédé en 2019), qui avait soumis l’idée à Noah Preminger de jouer avec Bill Stewart. Aujourd’hui, c’est chose faite grâce à son fils Jerry Teekens. Un bel hommage à ce passionné de jazz.

Sky Continuous, de Noah Preminger, 2022

Le duo Space Afrika, originaire de Manchester, n’en est pas à son coup d’essai puisque leur précédent disque avait déjà attiré l’attention.

Toutefois, c’est avec ce nouvel album que la consécration arrive. Issu d’une scène anglaise déjà riche en matière de post-hip hop lorgnant vers des musiques dites « expérimentales », Space Afrika rejoint le team des weirdos britishs initié par Dean Blunt il y a déjà plus de 10 ans. Hip hop, grime, field recordings, ambient, post punk, folk, new wave, dub, c’est toute la musique underground anglaise qui s’invite pour dépeindre une société « post brexit », « post covid », « post tout ce qu’on veut ». Avec Space Afrika, le champ des possibles s’élargit encore, puisqu’on y trouve même des moments d’une préciosité à faire pâlir d’envie This Mortal Coil, entrelacés de réminiscences de The Streets. Mention spéciale pour la pochette en parfait accord avec l’ambiance générale du disque. Attendre un bus la nuit, sous la pluie, dans le froid, n’a jamais été aussi kiffant.

Honest Labour, de Space Afrika, 2021