Si le nom BEAK> ne vous est pas familier, resituons un peu.
Vers 1991, apparait à Bristol en Angleterre, une scène qui sera bien malgré elle baptisée trip hop. La formule journalistique fait alors écho à une caractéristique commune aux artistes de cette école. Issus de la culture hip hop, ils pratiquent le sampling décomplexé, sans toutefois avoir un recours systématique au rap. Pour faire court, prenez les techniques de production du hip hop, ralentissez franchement le tempo et ajoutez des voix soul, pop, new wave ou du spoken word. Le tout dans une ambiance fortement mélancolique et souvent éthérée. A l’époque trois entités bristoliennes se détachent du lot : Massive Attack, Tricky et Portishead. Si des dizaines de suiveurs vont s’atteler à galvauder la formule en la rendant de moins en moins captivante, les trois pionniers du genre sauront sans cesse se réinventer. Portishead en particulier, mené par Geoff Barrow et Beth Gibbons, ne s’autorisera aucun bavardage inutile et misera sur la rareté, ne sortant que trois albums en 15 ans.
En 2009, sans pour autant décréter la fin de Portishead (qui pourrait, si l’envie s’en faisait sentir, retourner en studio à tout moment), Geoff Barrow initie BEAK>, une nouvelle formation plus rock et minimaliste (avec deux acolytes dont un ex-Massive Attack). En effet, le premier album de BEAK> précise alors une direction entrevue sur le dernier album de Portishead, à savoir l’irruption de rythmes krautrock métronomiques qui rappellent les grandes heures de Neu!, Silvers Apples et surtout Can.
Comme son nom l’indique, >>>>> est le cinquième album du groupe. Si la formule est toujours plus ou moins la même, ce disque est de loin le plus abouti du groupe en termes de production et de recherche mélodique. Le renouveau vient dans l’intégration d’éléments psychédéliques, post punk, voire cold wave. BEAK> a un pied dans les 70’s, l’autre dans les 80’s et le nez dans le futur. Aussi ce nouvel opus est sans doute un des meilleurs disques de l’année.
Plus sage en apparence, mais tout aussi ambitieux est le nouveau disque de Beth Gibbons, l’autre pilier de Portishead. Pour situer l’ambiance, on pourrait convoquer des références telles que Nancy Sinatra & Lee Hazlewood, Mazzy Star, Kate Bush ou Leonard Cohen, car il y a bien un peu de tout ce beau monde dans cet album de Beth Gibbons. Mais il y a surtout du Beth Gibbons et c’est en soi une référence tant le personnage est un mythe. Antistar ultra timide, Gibbons est entrée tardivement dans le music business. A vrai dire, elle n’attend plus grand-chose de la musique lorsqu’elle rencontre Geoff Barrow au Pôle Emploi en 1991. Ainsi, à l’époque du premier Portishead, elle a déjà presque 30 ans quand les autres membres du groupe ont une petite vingtaine. Le groupe offre à cette voix si singulière une mise en lumière qu’elle n’envisageait même pas. Le tube Glory Box et son sample imparable d’Isaac Hayes y sont pour beaucoup. Depuis sa sortie, le single est apparu sur les bandes originales d’une quinzaine de films, séries et publicités. En France, il restera douzième au Top50 pendant plusieurs semaines. Dès lors cette voix, jugée si fragile à ses débuts, n’aura de cesse de gagner de l’amplitude et de l’assurance au fil des années.
Et puisque Portishead était bien plus que du trip hop, il est tentant de se dire que la fusion de ces nouveaux albums de BEAK> et de Beth Gibbons aurait tout de même donné un sacré bon Portishead tant ils incarnent les deux faces d’une même Lune. Anthony