En cette période de franchises interminables, Godzilla Minus One n’est ni un nouveau film du « Monsterverse » américain (la célèbre série des King Kong contre Godzilla), ni une suite de la série mythique Japonaise, ni une suite du reboot Shin Godzilla sorti en 2016, mais une œuvre détachée de tout autre univers filmique préexistant, et revenant sur le tout premier film de 1954, avec des airs de remake.
Une fois passée cette laborieuse contextualisation, on peut se poser la question : pourquoi le 37eme film sur le lézard radioactif se distingue-t-il des autres, au point de finir dans nos coups de coeur ? Car Godzilla Minus One est véritablement un coup de coeur. Il réussit là où la majorité des films de monstres et films-catastrophe échouent : en nous faisant nous soucier du destin de ses protagonistes. Ici, pas de dévastation continuelle pendant 2h30 de film : l’histoire s’écoule sur presque cinq ans, les apparitions du monstre étant sporadiques et cataclysmiques, le film préférant consacrer plus de temps aux conséquences qu’à la catastrophe : les familles pleurent leurs morts, les corps blessés se remettent, les bâtiments repoussent, les esprits brisés tentent de se réparer, jusqu’au dévaste suivant, comme une métaphore du Japon moderne, passant d’un événement traumatique à un autre. Le film reste intelligent jusque dans son propos politique : en racontant l’histoire d’un kamikaze pleutre et déserteur rentrant déshonoré de la guerre, s’interdisant tout bonheur tant son besoin de rédemption est grand, le scénario épingle le militarisme du Japon impérial et l’absurdité du sentiment nationaliste Japonais, qui semble être un monstre plus pernicieux mais non moins violent que la créature géante. Clément.