L’exobiologie est une discipline scientifique tout à fait sérieuse qui étudie l’hypothétique vie extraterrestre.

 

En se basant sur la diversité de la vie terrestre, elle extrapole un éventail des possibilités qui pourraient exister dans l’univers. Non moins passionnante, la science-fiction s’est depuis longtemps attelée à la même tâche et en constituant un vivier d’aliens en tous genres plus ou moins crédibles, des tripodes de La Guerre des mondes aux humanoïdes bleus d’Avatar en passant par les créatures de Star Trek, Star Wars, E.T., District 9, Men In Black et bien d’autres. Généralement la science-fiction fait appel à l’extraterrestre pour interroger la place de l'humanité dans l'univers en lui tendant un miroir peu flatteur. Car bien entendu, parler de l’extraterrestre colonialiste, c’est parler de l’humain colonialiste. Aussi, l’extraterrestre méchant, belliqueux, cristallisant nos peurs apocalyptiques, ne nous parle que de nos pires travers. Son incarnation ultime se trouve être incontestablement le Xénomorphe de la saga Alien et son rejeton Face Hugger. Monstre parmi les monstres, parasite ultime, vermine totale tapie dans l’ombre, il est le contraire absolu d’E.T. Et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, parce qu’il incarne à lui seul tous les monstres cachés sous le lit dont les parents nous disaient qu’ils n’existaient pas. Nous l’aimons précisément parce qu’il est ce mélange de viscères, d’os, d’araignée, de serpent, de scorpion, de symboles phalliques et vulvaires, de cathédrale gothique, de chrysalide, de Croque-mitaine, et de pulsions reproductrices primaires. C’est aussi pour cette raison que la saga des films Alien, réalisée principalement par Ridley Scott, James Cameron, David Fincher, et Jean-Pierre Jeunet, s'est imposée comme l'une des sagas majeures du cinéma de science-fiction et d'horreur, non seulement pour sa qualité esthétique et narrative, mais aussi pour la richesse de ses enjeux politiques, féministes, esthétiques et philosophiques.

Recontextualisons : La saga Alien dépeint un futur où les grandes corporations, comme Weyland-Yutani, dominent l'univers. Ce sont des entités sans scrupules, prêtes à exploiter les ressources humaines et naturelles pour leur profit. Les membres des équipages des cargos miniers intergalactiques sont perçus comme des "pions" dans ce système capitaliste, et sont utilisés comme chair à canon. L'exploration de l'espace dans la saga Alien n’est ni plus ni moins que la continuité du colonialisme et de la surexploitation actuellement pratiqués sur Terre. En réponse au colonialisme actif et conquérant des humain, les Xénomorphes de la saga Alien prônent un colonialisme passif, parasitaire et en quelque sorte défensif. Telle l’araignée qui patiente dans sa toile, l’œuf Alien attend la visite d’un intru, non pour le dévorer, mais pour en faire l’hôte de sa future progéniture. Dans ce contexte pour le moins hostile, ce ne sont toutefois pas les mecs virils et baraqués qui s’en sortent le mieux. Le véritable adversaire du Xénomorphe est une femme : Ellen Ripley, interprétée par Sigourney Weaver, incarne l'un des aspects les plus marquants de la saga Alien. Ripley est l'archétype du protagoniste féministe qui renverse les attentes traditionnelles des rôles de genre dans les films d'horreur et de science-fiction. Contrairement aux héroïnes classiques des années 70 et 80, qui étaient souvent cantonnées aux rôles de "damsels in distress" (jeunes femmes à sauver), Ripley est une femme forte, déterminée et capable de défendre sa vie et celle des autres dans des situations extrêmes. En outre, son personnage subit une évolution remarquable au fil des films. Dans Aliens (1986), elle devient une figure maternelle protectrice envers une jeune orpheline. Dans Alien 3, Ripley vit sa seule aventure sexuelle de la saga, au moment même où, obligée de se raser le crâne, elle est plus androgyne que jamais. Etrangement, son partenaire meurt dans les secondes qui suivent leurs ébats. Dans Alien Résurrection, elle fusionne partiellement avec le Xénomorphe et par extrapolation, devient une mère infanticide.

Ainsi la saga interroge également le corps féminin et la maternité, notamment à travers des scènes emblématiques comme la naissance des Xénomorphes. Ces scènes sont souvent interprétées comme des métaphores de l’accouchement et des angoisses corporelles associées à la grossesse et à la maternité. Dans le premier film, l’intrusion violente de l’alien dans le corps de Kane, membre de l’équipage, évoque clairement une grossesse forcée. Aussi pour reprendre le contrôle de leur corps, à plusieurs reprises les protagonistes de la saga mettent fin à leurs jours ou réclament de l’aide pour mourir. Ripley n’y échappe pas et à la fin d’Alien 3, elle se suicide dans une posture christique. Pour toutes ces raisons et bien d’autres, la saga Alien est à voir et à revoir. Et même si elle est victime d’une certaine surexploitation (Ridley Scott en manque de reconnaissance n’en finit plus de presser le citron) et de déclinaisons contestables (Alien v/s Predator), la saga est riche et constitue un sublime terrain d’expérimentations. En plus des films de cinéma, les œuvres estampillées Alien ce sont aussi des courts métrages, des jeux vidéo, des jeux de société, des romans, des bandes dessinées… Chacun y fera son marché et sera adepte ou réfractaire à ces œuvres qui constituent autant de possibles dans l’univers Alien. Anthony