Dans l’isolement absolu de leur station de recherche en Antarctique, au milieu des glaces et de la neige, un groupe de scientifiques réalisent qu’ils ont été infiltrés par un imposteur : une créature protéiforme extraterrestre, capable de se faire passer pour n’importe lequel d’entre eux, et assimilant petit à petit tous les autres êtres vivants dans sa chair.
La paranoïa s’installe au sein du groupe, alors que la folie gagne petit à petit les esprits et les corps. Haï à sa sortie par les critiques, revu depuis comme le chef d’œuvre de la carrière de John Carpenter et comme l’un des plus grands films de body-horror de l’histoire, The Thing a marqué le cinéma. On ne compte plus les épisodes de série reprenant le principe simple du scénario : un lieu isolé, un petit groupe de personnages, un imposteur inconnu, et la peur, aussi protéiforme que la créature inconnue : peur de la mort, d’abord ; puis peur de la mort sociale, celle qui vient si on est accusé à tort d’être la Chose ; et, enfin, peur de la mort de l’humanité toute entière, voire de la vie elle-même, si jamais la Chose réussit à se répandre dans le reste du monde.
La mise en scène de Carpenter réussit à transformer les grands espaces de l’Arctique en prison anxiogène, et fait de la base scientifique et ses habitants un lieu et des hommes familiers et tangibles, leur basculement dans le chaos n’étant que plus percutant ; le suspense des scènes est accentué par le jeu des acteurs, ne sachant pas eux-mêmes s’ils sont un parasite ou non, ainsi que par la bande-son fantomatique composée par Ennio Morricone. Mais le fleuron du film, ce sont les effets spéciaux de Rob Bottin. Le jeune homme de 21 ans à l’époque a travaillé sans relâche pour créer un bestiaire monstrueux de créatures mutantes et difformes, au point de finir à l’hôpital pour une double pneumonie et un ulcère hémorragique causés par la charge de travail. Alors que nous sommes aujourd’hui habitués voire désensibilisés aux créatures monstrueuses en image de synthèse, avant The Thing, ce sous-genre consistait généralement à faire jouer des acteurs dans des costumes en latex, et c’était la première fois qu’un film créait une créature aussi ambitieuse, sans forme définitive, amalgame de chairs en mutation permanente. Cette horreur lovecraftienne, indescriptible et intemporelle, inimaginable mais rendue charnelle par la qualité des effets spéciaux analogiques, fait de ce film un classique intemporel. Clément.