Des gros bonnets aux hommes de main aux tueurs à gages et jusqu’au plus pathétique des petits truands, le mot d’ordre est lancé : Alfredo Garcia doit mourir.
Bennie, petite frappe minable et pianiste d’un jazz bar miteux de Mexico, se lance en chasse contre la promesse d’un petit pécule qui lui permettrait de sortir de sa condition. Mais qui est Alfredo Garcia ? De cet homme énigmatique dont la traque est le moteur du film, Sam Peckinpah ne nous dévoile quasiment rien. La chasse à l’homme n’est qu’un prétexte à montrer la déliquescence totale de la société moderne, dans laquelle les petites gens sont prêts à se livrer aux pires exactions dans l’espoir de récupérer quelques miettes du pactole offert par un milliardaire sans pitié, patriarche quasi-incestueux et incarnation d’un capitalisme violent et quasiment féodal. Le monde du crime paraît semblable à une grande entreprise, avec son système managérial vertical, les directeurs touchant le gros des profits sans se préoccuper des difficultés rencontrées par leurs subalternes. Bennie tente de tirer son épingle du jeu, toujours sur la ligne, et semble passer le film à lutter contre sa propre conscience morale. Mais dans ce Mexique caniculaire et crépusculaire, inhumain et sans pitié, l’espoir d’amour et de rédemption reste toujours présent, comme une braise qui rougeoie sous les cendres.
Apportez-moi la Tête d’Alfredo Garcia, ce film boudé par Hollywood, réalisé par Sam Peckinpah alors qu’il n’était pas en odeur de sainteté auprès des grands studios, et très controversé par son approche extrême et radicale de la violence, s’est pourtant révélé être un chef-d’œuvre séminal, dont l’influence se retrouve autant dans les fusillades au ralenti esthétisé de John Woo que dans la violence surréaliste de Tarentino, et jusque dans des œuvres de pop-culture très grand public telles que la récente série Fallout.