Annapurna, c’est un massif de l’Hymalaya. C’est aussi le nom de ses principaux sommets : Annapurna 1, Annapurna 2, Annapurna 3, Annapurna 4. Quel rapport avec le cinéma ?
L’Annapurna qui nous intéresse aujourd’hui, c’est Annapurna (Pictures et Interactive), société créée par Megan Ellison, fille de Larry Ellison, milliardaire vice-président de Oracle Corporation, ceux qui font les logiciels LibreOffice, qu’on utilise d’ailleurs à la Bibliothèque, mais je m’égare. Megan Ellison, c’est aussi la sœur de David Ellison, fondateur de la société de production Skydance ; vous savez, ceux qui font les GI Joe, les Jack Ryans, les Jack Reachers et autres films d’action qui font trembler le mur derrière les baffles et aboyer le chien du voisin. Et Annapurna dans tout ça ? Hé bien, après avoir travaillé pour Skydance sur le True Grit des frères Coen, Megan a décidé de se lancer elle aussi dans le cinéma. Armée uniquement de ses rêves et d'un chèque de 2 milliards de dollars offert par Papa pour ses 25 ans, elle fonde en 2011 Annapurna Pictures. Cette jeune société de production s'établit très vite comme une référence, étant donné qu’en moins de dix ans d’existence, elle a plus de 10 séries et plus de 40 films de qualité à son actif. Films d’animation (Nimona, Monsieur Link…), westerns (Les Frères Sister, La Ballade de Buster Scruggs…), comédies (Kajillionaire, Joy…), SF (Her, The Plot Against America), et même quelques-uns des meilleurs films de Paul Thomas Anderson (The Master, Phantom Thread). Si vous avez déjà vu certains de ces films, vous l’aurez compris : Annapurna a une ligne éditoriale exigeante et ambitieuse. Très loin du fonctionnement actuel des grands studios américains se cantonnant aux blockbusters, aux suites et aux reboots, elle ose financer des projets plus modestes ou moyenne gamme, des créations originales, diverses et de qualité. Et ça paye, étant donné que quasiment tous leurs films bénéficient d’un succès critique et public. Et ce n’est que la première face d’Annapurna, étant donné que la société a également une filiale, Annapurna Interactive, consacrée à l’édition de jeux vidéos indépendants, à qui on doit quelques joyaux du medium : What Remains of Edith Finch, Gorogoa, Donut County, Stray ou Outer Wilds, pour n’en citer que quelques uns. Annapurna s’impose aujourd’hui comme l’un des rares studios américains qui réussissent à tirer leur épingle du jeu en se distinguant par une production de films de qualité dans la catégorie des budgets moyens, de plus en plus menacés dans une industrie étranglée par le géant Disney. Mais le fait que les caisses soient régulièrement renflouées par le père milliardaire de la fondatrice n'est pas pour rien dans la pérennité de la société, et Larry Ellison menace régulièrement de couper les versements à sa fille si elle ne dégage pas de plus gros bénéfices avec des films plus "blockbusters"... Profitons-en tant que ça dure !
Quelques-une des productions Annapurna disponibles dans nos collections :
Kajillionaire : Old Dolio (interprétée par une Evan Rachel Wood méconnaissable) est une jeune femme prisonnière d’une relation codépendante toxique avec ses parents, de petits arnaqueurs qui l’utilisent dans leurs combines. L’équilibre familial se retrouve menacé quand les parents prennent sous leur aile une inconnue, au grand dam d’Old Dolio. Cette comédie douce-amère sur l’amour filial et l’indépendance, dont les situations par moments presque surréalistes rappellent la patte d’un Michel Gondry, est tour à tour hilarante et émouvante.
The Plot Against America : Cette mini-série de six épisodes adaptée du roman uchronique du même nom par Philip Roth présente la vie d’une famille Juive vivant à New York dans les années 40, mais dans une temporalité où le sympathisant nazi Charles Lindbergh aurait remporté les élections présidentielles face à Franklin Roosevelt. Une série magistrale dans son écriture et sa reconstitution historique, et dont le message est particulièrement pertinent aujourd’hui.
The Master : Paul Thomas Anderson est l’un des réalisateurs américains contemporains dont le nom est une image de marque en soi et qui bénéficie du statut reconnu d’« auteur ». Dans The Master, il dresse le portrait de Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman, magistral), gourou fictif mais extrêmement inspiré de L. Ron Hubbard, créateur de la scientologie. Ce personnage charismatique et manipulateur nous est montré par les yeux d’un homme perdu et sans convictions (Joachim Phoenix) qui devient peu à peu l’un de ses plus proches disciples, dans une relation homo-érotique impossible, pathétique et bouleversante. Comme dans Phantom Thread, Paul Thomas Anderson s’aventure dans les méandres des relations toxiques, comme un scientifique qui essaierait de comprendre l’incompréhensible ; et il s’en sort très bien étant donné qu’on peut considérer ces deux films comme parmi ses meilleurs.